jeudi 12 janvier 2017

Aquarium




« Tout est possible avec un parent. Les parents sont des dieux. Ils nous font et ils nous détruisent. Ils déforment le monde, le recréent à leur manière et ce monde-là qu’on connait ensuite, pour toujours. »


Caitlin a douze ans, et vit avec sa mère ouvrière à Seattle. Elles mènent toutes les deux une vie modeste qui laisse peu de place aux extras. Caitlin trompe son ennui, après l’école à l’aquarium de la ville où elle se lie d’amitié avec un vieux Monsieur …
Bien sûr, je ne vais pas dévoiler ce que représente ce vieux Monsieur, car tout est là. Qui a lu Sukkwan Island verra sans doute venir un peu les choses…un peu seulement !!

Au silence feutré du monde marin, David Vann oppose la violence des relations humaines et familiales, en instaurant un climat de plus en plus tendu qui atteindra son apogée au milieu du roman. L’équilibre fragile vole en éclat, Tout est à refaire, à reconstruire

Caitlin est une enfant futée et espiègle, et qui sait ce qu’elle veut, Elle maitrise parfaitement  les difficultés familiales sans en connaître les origines, et s‘adapte de manière innée aux contraintes que les difficultés économiques de sa mère imposent.
 Au trio mère-enfant-vieux Monsieur , s’ajoute deux personnages qui apportent au lecteur une petite lueur d’espoir, et d’optimisme : le petit ami de la mère et la petite copine de Catlin

Les romans de David Vann ne sont pas gais, mais ici, contrairement aux autres, il donne quelques raisons d’espérer.


Moins puissant que Sukkwan Island, Aquarium a su me capter, mais néanmoins pas autant de Goat Mountain .


Aquarium de David Vann, traduit de l’américain par Laura Derajinski, chez Gallmeister (Octobre 2016)


David Vann est né en 1966 sur l'île Adak, en Alaska, et y a passé une partie de son enfance avant de s'installer en Californie avec sa mère et sa sœur. Il a travaillé à l'écriture d'un premier roman pendant dix ans avant de rédiger en dix-sept jours, lors d'un voyage en mer, le livre qui deviendra Sukkwan Island. Pendant douze ans, il cherche sans succès à se faire publier aux États-Unis : aucun agent n'accepte de soumettre le manuscrit, jugé trop noir, à un éditeur. Ses difficultés à faire publier son livre le conduisent vers la mer : il gagnera sa vie en naviguant pendant plusieurs années dans les Caraïbes et en Méditerranée.
David Vann est également l'auteur de Désolations, Impurs, Dernier jour sur terre, Goat Mountain. Il partage aujourd'hui son temps entre la Nouvelle-Zélande où il vit et l'Angleterre où il enseigne, tous les automnes, la littérature.

samedi 7 janvier 2017

Après la guerre



Bordeaux, la seconde guerre mondiale est à peine terminée, que celle d’Algérie prend forme…

Bordeaux et son jeune maire fringant et dynamique
Bordeaux, la bien sage, où l’on tue facilement, et beaucoup, surtout dans l’entourage du commissaire Darlac. Avec ses airs de grand flic irréprochable, Darlac fait illusion. Illusion seulement ; car en grattant un peu, on se rend assez vite compte qu’il tient tout Bordeaux à sa  main, qu’il magouille beaucoup, et que durant la guerre pas si lointaine, il ne fut pas toujours très propre ! Bordeaux la collabo….

Quand Darlac se trouve de plus en plus cerné par un mystérieux meurtrier qui semble au courant de beaucoup de chose, c’est l’engrenage.

Après la guerre, est déjà l’histoire d’une vengeance savamment orchestrée par un homme meurtri. C’est le parcours d’un jeune homme marqué par la guerre, celle de ses parents, à qui l’on impose une autre guerre dont il ne pourra supporter ni les enjeux ni les horreurs.

Dans ce roman noir aux multiples entrées, Hervé Le Corre met en lumière une phase sombre de notre histoire. Ses personnages multiples et complexes donnent corps à un scénario parfaitement maitrisé, et habilement construit. Il n’est pas de ceux que l’on dévore tout cru, mais plutôt que l’on prend le temps d’ingérer parce qu’il est consistant, dans tous les sens du terme, et qu’il ne se livre pas si facilement.

Un roman ambitieux et bien écrit qui tient toutes ses promesses.

Après la guerre de Hérvé Le Corre, chez Rivages (Mars 2014,530 pages), disponible en format poche chez Rivages (Mars 2015,580 pages)


Né à Bordeaux, Hervé Le Corre, lecteur passionné, commence à écrire à l'âge de 34 ans.

Son écriture, le choix de ses personnages, l'atmosphère assez sombre de ses livres le place d'entrée parmi les auteurs français les plus noirs et les plus primés du roman policier hexagonal.

Il reçoit le grand prix de littérature policière en 2009, le Prix Mystère de la Critique 2010 pour "Les Cœurs déchiquetés" et les prix Le Point du Polar européen 2014, Prix Landerneau polar 2014 et Prix Michel-Lebrun 2014 pour "Après la guerre".

Aujourd'hui, Hervé Le Corre enseigne dans un collège de la banlieue bordelaise.

dimanche 1 janvier 2017

Pourvu que ça brûle



Caryl Ferey, à la lecture de ses thrillers, est un écrivain engagé, un voyageur qui va sur le terrain puiser ce qui fera quelques années plus tard une histoire dans l’Histoire.
 Assez peu porté sur les études, il part assez vite une fois son bac en poche pour un tour du monde qui, à défaut de lui inspirer d’emblée ses meilleurs romans, va murir sa vocation d’écrivain, et d’homme engagé à la cause des oubliés de l’histoire et des opprimés.

C’est ainsi que l’on comprend davantage la genèse de Zulu, Condor et Mapuche, mais à n’en point douter de la saga Maori, pas encore lue à ce jour.
Ce récit, plus proche d’un carnet de route que d’une autobiographie est rédigé sur un mode assez humoristique. Il n’empêche, les colères et les révoltes de l’auteur sont bien présentes. Elles confirment la voie qu’il a prise pour ses thrillers. Ce récit confirme également l’impression d’extrême préparation qui se dégage quand on les lit. Caryl Ferey s’imprègne des contrées qu’il parcourt, et des personnages qu’il rencontre pour ses histoires qui sont des fictions, mais tant que cela, en réalité.

Et puisqu’il faudra sans doute attendre encore un peu avant de pouvoir lire le dernier opus consacré à l’Amérique du sud – oui, mais s’il vous plait ne faites pas trop durer le plaisir- c’est du côté de la Nouvelle –Zélande que j’irai en attendant !

Un grand merci aux éditions Albin Michel pour cette lecture plaisante et instructive.



Pourvu que ça brûle, Caryl Ferey, chez Albin Michel (Janvier 2017, 300 pages)

Caryl Férey est un écrivain et un scénariste français né en 1967.

Il a grandi en Bretagne après que sa famille se fut installée à Montfort-sur-Meu près de Rennes en 1974.

Grand voyageur, il a parcouru l'Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard.

En 1994, paraît chez Balle d'Argent, petite maison d'édition rennaise, son premier roman "Avec un ange sur les yeux". Il sort la même année son premier polar, "Delicta Mortalia : péché mortel", puis quatre ans plus tard le très remarqué "Haka" (1998).

Il écrit aussi pour les enfants, pour des musiciens, le théâtre et la radio. Il se consacre aujourd'hui entièrement à la littérature.

Il a obtenu le Prix SNCF du polar 2006 pour "Utu" (2004) et le Grand prix de littérature policière 2008, le Prix Mystère de la critique 2009 et le prix Jean Amila au Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras 2009 pour "Zulu" (2008).

En 2013, "Zulu" est adapté au cinéma, réalisé par Jérôme Salle d'après le roman éponyme, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker.

"Mapuche" (Série noire, 2012) obtient le Prix Landerneau Polar 2012 ainsi que le Prix Ténébris en 2013.

Il publie "Condor" chez Gallimard en 2016 (Série noire)