mercredi 12 janvier 2011

D'un autre monde


1914. Appelés sous les drapeaux, les hommes de la famille Kergalin sont arrachés à leur maison et à leur Bretagne natales. Ils reviendront blessés ou traumatisés et, désormais, pour eux comme pour les femmes qui ont dû s organiser en leur absence, rien ne sera plus comme avant ...

Vaste fresque éclairant notre temps, D un autre monde fait vivre plusieurs générations emportées dans le siècle par les grondements de l histoire. Affrontant le fracas des guerres et les assauts de la modernité, héros ou lâches, tour à tour jouets et maîtres de leur destin, les Kergalin nous touchent, comme s ils étaient les membres de notre propre famille.
Durant la lecture ce livre, j’ai « vécu » littéralement avec les Kergalin, dans cette région de Bretagne que je ne connais pas, mais qui m’a paru pourtant si familière.
Si j’ai pu me glisser dans cette famille, c’est qu’au fond, malgré son histoire bien à elle, malgré ses non dits, et ses secrets, c’est parce qu’au fond chacun peut s’y retrouver à un moment ou à un autre.
Madame Crozon met l’accent sur les évènements tragiques de ce siècle, pour donner à ses personnages toutes leur profondeur ; et ainsi démontrer que chacun d’eux, et donc nous, est le fruit non seulement de ses ancêtres, mais aussi de l’empreinte laissée par les conflits, les rapports sociaux et religieux de l’époque.
Chaque génération est marquée par « sa »guerre, et donne à la génération suivante son bagage à porter.
A chaque malheur, à chaque tragédie, arrive aussi son lot de joie et de réjouissances, comme pour mieux souligner le mouvement perpétuel des générations, e renouvellement presque systématique ; la vie qui reprend toujours le dessus quoiqu’il arrive.
Parmi les membres de cette famille qui à l’arrivée finit par être conséquente, et disséminé aux quatre coins du monde, il en est certains qui ne sont pas passés inaperçus.
D’abord, il y a Etienne ; l’exemplarité même cet homme. Un homme qu’on aimerait avoir rien que pour soi tant il est droit et profondément humain.
Madeleine, l’infirmière rebelle, en avance sur sont temps, et qui paiera cher pour tout cela. Madeleine et le réveil de l’engagement humanitaire, sa révolte contre la misère.
Emilienne, la « douairière », qui voit défiler les conflits, qui voit son monde changer, s’écrouler parfois. Emilienne qui résiste.
« Qu’un homme ne revienne pas de la guerre, c’est insupportable encore que comprhensible, mais une femme, une mère, ma fille… »
André, qui revient de loin, qui en a vu, enduré. André le dur, le replié. Mais au fond, , il a peut être ses raisons d’être ainsi.
« Je me suis engagé comme on s’exile, pour en finir avec les masques. »
Pauline, c’est l’avant dernière génération, c’est elle qui va faire la transition entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. C’est elle qui va défricher les archives familiales, et va aller de découverte en découvertes, pour comprendre ou du moins éclairer certaine situations et certains comportement.
L’épisode Pauline est complexe : non seulement elle fait l’objet d’un long développement, et comme rien n’est jamais simple dans une famille, Pauline aura un autre visage…….
Je serais incomplète, en oubliant un personnage qui n’en est pas tout à fait un stricto senso, mais qui au même titre est le pilier de cette famille : c’est La Maison. Le domaine qui comme chaque personnage, s’adapte à son temps, à son usage. Cette maison, est la mémoire de la famille. Elle est le point de ralliement, le point d’ancrage de chacun. C’est en son cœur, que la plupart du temps, les secrets se délient…Cette maison est le théâtre des jours heureux, mais hélas aussi des drames ; les obsèques d’Alice en particulier.
C’est une écriture fluide, des chapitres aérés et de bonne longueur, qui ont contribué à rendre la complexité et le nombre de personnages plus compréhensible, et, de ce fait, en faire une lecture extrêmement agréable.
Claude Crozon-Robert Laffont-480 pages
Claude Crozon est psychanalyste. D'un autre monde est son premier roman.

2 commentaires:

  1. "lecture extremement agréable" -> je note

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  2. Je note aussi car je sens que ce livre devrait me plaire.

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