lundi 5 juillet 2010

Te retourne pas, Handala




Marié à Sandra, une femme qui a embrassé le judaïsme et tenait à faire l’alyah – le retour en Terre Sainte – Asso se retrouve à gérer une boutique d’articles de sport au cœur de la plus riche colonie juive d’Israël, à deux pas de Jérusalem. Son existence monotone aurait coulé sans histoire… c’était compter sans l’irruption de celui qui fut jadis son mentor : Mossan, l’homme qui, en s’appropriant son adolescence au point de vouloir faire de lui son double, a suscité sa haine.
Devenu pdg planétaire, Frank Mossan joue les philanthropes et s’avise de vouloir rendre l’eau à un village palestinien de la Vallée du Jourdain au bord de la sécheresse en le dotant des panneaux solaires qu’il fabrique. Soulevant un tollé dans la communauté juive d’Israël et chez ses colons, l’intrusion de Mossan déchaîne tout autant la fureur des terroristes islamistes. Pris entre deux fanatismes, jeté dans la tourmente qu’ils attisent, montré du doigt comme ancien protégé du milliardaire Mossan, Asso devient, à son corps défendant, le jouet d’un complot infernal.





Ce livre est un roman, pas simple roman qui se contente de nous raconter une histoire, mais un roman qui nous plonge dans l’Histoire actuelle.
Nous suivons le destin d’un certain nombre de personnages de culture et religion différentes, mais unis par une même terre siège de conflits, et de massacres permanents. Deux peuples se disputent une même Terre depuis que l’un d’eux ait obtenu le droit de s’y installer et d’y créer un Etat pendant que l’autre en est plus ou moins chassé.
La grande force de cette fiction, est qu’à aucun moment l’auteur ne prend partie pour l’un ou l’autre, mais au contraire prend soin d’exposer les points de vue de tous. Il revient au lecteur de trouver dans tout cela à nourrir sa propre réflexion sur le sujet. A mon humble avis, en lisant ce livre, je suis hélas convaincue que ce conflit –dont les origines sont anciennes et très profondes-est sans fin, qu’aucunes des parties ne semblent prêtes à faire un pas à la rencontre de l’autre.
L’extrémisme religieux est abordé sous ses deux aspects :
*le judaïsme orthodoxe, dont Sandra est proche. D’ailleurs, c’est assez paradoxal, parce que Sandra est une convertie qui a souhaité faire l’alyah, le retour en Terre Sainte, accompagnée de son mari, non juif, et de son fils qu’elle va orienter dans ce sens là aussi.
* Le fondamentalisme musulman, auquel les Palestiniens se raccroche, qui mène à des horreurs
La famille est un sujet également présent dans ce livre, mais de façon plus subtile. En effet, la différence culturelle et cultuelle entre Asso et Sandra est telle que cela finira par se ressentir sur leur couple et leur vie de famille en général.
La géopolitique, pour mon plus grand bonheur a toute sa place dans ce roman. En effet, le cadre est un vaste échiquier, dans lequel chacun y va de son influence. Une touche d’espionnage et de complot au centre duquel se retrouve Mossan, ancien mentor d’Asso, venu dans ces lieux pour redonner à la communauté Palestinienne l’eau qui lui revient. En effet, tout l’enjeu de ce conflit qui perdure est cette eau rare et précieuse dans la région et si indispensable au développement économique de chaque communauté. Je ne peux rester indifférente à la détresse d'un peuple qui ne demande qu'à vivre en paix sur la terre de ses ancêtres, et qui en raison de l'Histoire récente s'en trouve empêché. Le débat est vaste, et malheureusement insoluble.
Je n’aurais probablement jamais croisé le chemin de ce livre sans la volonté de Thot et Partage –lecture, ni les éditions Kyklos (injustement absentes des librairies que je fréquente habituellement) qui m’ont permis de lire ce livre grâce à leur partenariat. Qu’ils en soient infiniment remerciés.

Handala, créé par le célèbre dessinateur Naji al Ali, souvent tagué sur le Mur qui sépare Israël de la Palestine, est un petit garçon va-nu-pieds et déterminé qui tourne le dos au monde. Enfant palestinien, il était au début le symbole de la lutte palestinienne, mais sa conscience s'est développée pour devenir celle d'une nation, puis de l'humanité toute entière. La légende raconte qu'il ne se retournera que lorsque le Mur sera détruit. Handala veut dire amertume, du nom d'un arbrisseau très amer poussant dans le désert.

Olivier Gérard,Editions Kyklos,255 pages








11/18..............

1 commentaire:

  1. Je n'ai jamais été déçue par mes lectures de l'Edition Kyklos.

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